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Rien ne sera jamais plus comme avant…

lundi 16 mars 2020 à 21:53

Il y’aura un avant et un après Coronavirus

Quel moment étrange sommes-nous en train de vivre ? Une brève page d’humanité que nous vivons individuellement, confinés, et à l’échelle de la planète, connectés.

Depuis quelques jours, nous ne sortons plus de chez nous sauf pour prendre l’air, nous balader tout en saluant les passants du plus loin que nous puissions. Nous restons à la maison. Plus de réunion, plus de rendez-vous. Les enfants ne vont plus à l’école. Un week-end comme un autre. Mais un week-end qui va durer des semaines, un mois, peut-être plus.

Plus question d’aller au restaurant. Plus question de caser les enfants chez les grands-parents, plus question de regarder les résultats des courses cyclistes après une journée de boulot. Le temps semble s’être arrêté.

Difficile de penser à autre chose qu’à l’épidémie. Difficile de faire autre chose que de tenter de convaincre ceux qui pensent qu’on en fait trop, de s’inquiéter pour nos parents et, même si les statistiques sont en leur faveur, pour nos enfants. Difficile de ne pas penser à comment gérer les enfants si nous tombons tous les deux malades sans pouvoir faire appel aux grands-parents et si les provisions viennent à manquer.

Mais difficile également de ne pas réaliser que, dans notre position privilégiée, cette situation est un prix bien léger à payer si cela permet de sauver des vies.

À ceux qui parlent de catastrophisme, de paranoïa, je ne peux répondre que « quel est le coût d’avoir tort ? ». Est-il préférable de prendre trop de mesures pour une maladie bénigne ou, au contraire, de sous-estimer un fléau mortel ? Nous ne saurons jamais si nous en avons fait trop, mais nous pourrions regretter toute notre vie de ne pas en avoir fait assez.

Quoi qu’il en soit, la rapidité de réaction de l’humanité me convainc que rien ne sera plus jamais comme avant.

En quelques jours, porter un masque en public, habitude typiquement asiatique, est devenue une norme presque mondiale. Faire du télétravail et des téléconférences se révèle soudainement possible même chez les plus réfractaires. Quelques vieillards cacochymes qui toussent ont enfin réussi là où 20 années de réunions mondiales au sommet ont échoué : réduire la production mondiale de CO2 et de NO2.

Soudainement, les milliers d’avions en permanence dans le ciel ne se révèlent pas si indispensables que ça. Soudainement, les millions de tonnes de gadgets en plastique peuvent rester dans leurs conteneurs quelques mois de plus. Soudainement, nous pouvons vivre sans le nouvel iPhone.

La diminution de la pollution liée à cette quarantaine bientôt mondiale sauvera probablement plus de vies qu’elle ne protégera du Coronavirus.

Lorsque la menace s’éloignera, il faudra tout d’abord se battre avec des gouvernements qui auront du mal à rendre le pouvoir extrême qu’ils auront acquis en quelques semaines. Les luttes pour nos vies privées et pour nos libertés devront, pendant des décennies, affronter l’argument de la pandémie. Les abus seront nombreux, des régimes totalitaires se mettront en place insidieusement, profitant de l’aubaine, se camouflant sous des mesures de santé publique.

Mais même sans cela, nous ne reviendrons jamais à « la normale ».

Pour beaucoup, le télétravail sera désormais démontré comme efficace et faire chaque jour 2h de trajet ne se justifiera plus. Pour d’autres, il sera désormais impossible de camoufler que le monde se porte mieux sans leur creusage de trou, leur bullshit job. Certains métiers trop souvent oubliés seront enfin remis à l’honneur: personnel soignant, éboueurs, livreurs, postiers … On découvrira à quel point se passer d’enseignants, de restaurateurs et de personnel d’entretien est éprouvant. Peut-être aurons-nous appris, contraints et forcés, à vivre avec notre famille, à adopter un horaire et un mode de vie imposé par nos proches plutôt que par un patron obsédé de la pointeuse.

Nous commencerons à réfléchir sérieusement à l’idée de payer les gens un revenu de base pour rester à la maison, nous rendant compte que cela ne va pas détruire le monde, mais au contraire le sauver. Nous réaliserons que lorsque nos enfants nous accuseront de n’avoir rien fait pour le réchauffement climatique et que nous leur répondrons que c’était impossible, ils nous pointeront du doigt en disant : « Pourtant, en 2020, vous l’avez fait pour le Coronavirus ! ».

Nous attendons tous, avachis dans nos salons, le retour à la vie normale. Une vie normale qui ne reviendra plus, qui sera à jamais différente.

Oserons-nous encore un jour nous faire un bisou en nous croisant dans la rue, cette coutume qui parait tellement étrange, voire répugnante, pour certains Asiatiques ? Nous moquerons-nous encore de cette personne qui porte un masque dans la rue ? Serons-nous enfin convaincus que la santé n’est pas un bien et que le secteur ne doit pas être « rentable » ? Pourrons-nous enfin ne plus entendre ces abrutis criminels qui refusent tout vaccin et qui sont les bombes à retardement des prochaines épidémies ?

Car, oui, il y’en aura d’autres. Que ce soit dans un an, deux ans, dix ans ou cent ans. Une épidémie future que nous ne pourrons désormais plus nous empêcher d’attendre. De guetter. En prévision de laquelle nous garderons toujours un stock raisonnable de papier toilette, de masques et de gel désinfectant.

Nous ne pourrons également plus nous empêcher de réaliser que nous vivons avec nos proches, que nous les aimons et que, l’immense majorité du temps de notre vie, nous ne faisons que les croiser dans la cuisine et la salle de bain. Nous réaliserons enfin que ceux à qui nous tenons ne sont pas éternels, que nous les avons appelés plusieurs fois pendant la quarantaine alors que cela faisait peut-être 3 semaines, 6 mois ou 1 an que nous n’avions plus le temps de leur parler.

Ce tableur à compléter pour un client, ce rapport à terminer, cette réunion à organiser. Ces embouteillages journaliers pour s’asseoir face à un écran, cet ulcère évité de justesse. Ce match de foot au sommet à la télé. Ils étaient indispensables et, pourtant, nous avons pu soudainement nous en passer pendant plusieurs semaines. À quelles futilités consacrons-nous notre énergie, notre temps, notre vie ? Il sera désormais impossible de ne plus se poser la question.

Rien ne sera jamais plus comme avant.

Photo by Daniel Tafjord on Unsplash

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Despair and Hope: From the Stupidity of Academic Bureaucracy to the Poetry of Bitcoin

lundi 24 février 2020 à 14:55

This is not a structured essay. By letting ideas flow, I want you to share my pain and enlightenment, to travel from the stupid administrative inefficiency of our time to Bitcoin, from the fake marketed revolutions to the real social innovation which is happening right in front of us and might be our only hope to save us from ourselves.

Rambling on my own academic condition

In his essay « The Utopia of Rules: On Technology, Stupidity, and the Secret Joys of Bureaucracy » (a must read), David Graeber brings an incredible insight on administrative societies and describes the root of all problems with two simple yet powerful sentences : Administration used to be a tool to conduct poetic endeavours. Today, poetry and imagination are there to serve the administration.

As I’m struggling with my PhD, not because of the research itself but because of the administrative stupidity, the book shed a new light on my suffering.

Yes, my PhD subject had been accepted by some committee. But for some reason, I’m not a PhD student because I missed the « student » part of it. Nobody told me that I had to also become a student. And when I understood it, the absurdity of the procedure made me throw my laptop in rage after two weeks of effort.

Suffice to say that I had to find a certificate of employment for all my jobs between my master thesis and now. That I had to find back every possible certificate, to scan them and to upload them in a buggy web interface. That this took me several weeks (given the number of documents) and that, on completion, it basically sent me an email with my uploads attached, telling me that I had to go in an office to hand a list of documents, on paper, which were basically the list I had uploaded (with several unexplainable differences).

Previously, I already had to present the original version of my diploma to an administrative service who… gave me the diploma 12 years before. I had to present it not only once but on three different occasions. Because I was a lecturer, a researcher and a PhD student. Thus three different persons called at three different times. The salt of the joke is that I asked what I could do if I would have lost the paper. The answer was straightforward : « As you are from this university, our service would be able to give you a copy. »

This deep and unexplainable absurdity was the inspiration behind my short story « Ticket to Hell » where an atheist man realises that, after our death, we go to the hell we feared the most. Being a true materialist atheist, he never feared any kind of hell and finds himself in a dedal of administrative procedures. Every sequence in the story is something I experienced first-hand. I had so many anecdotes that I could not even put them all in the story. I removed some as « too unbelievable ».

But what strikes me the most is not that we have completely absurd and stupid procedures. It’s the fact that nobody seems to realise it. When pinpointing absurdities, it looks like I’m always the one not understanding it. Or, when I really have the point, I get that terrible yet universal answer: « Well, that’s how it is. You will not change it, better get used to it. »

As Graeber points it out, all human structures are now huge marketing bullshit machines. Everything has to be sold, no new idea can’t be even envisaged if we are not sure we could sell them. And selling became an administrative procedure by itself.

Most academics now have a full-time job: sell their research to some anonymous bureaucrat in exchange of a grant.

Grants are so complex and need so much paperwork that, in my country, there are grants to make the work done to get a grant. I’m not making this up. I was really on a project to get a 25k€ grant that would enable us to work on getting a larger grant. The small grant was part of the project since the start because even bureaucrats realised how hard it was to get the grant. I simply refused to start to fill out paper to receive money to be able to fill out even more papers.

Universities employ staff paid full time to help academics get grants. I met one and he suggested me a grant that would fit perfectly my area of research. There was a catch: a sixty pages long form to fill.

Well, what could take so many pages to fill, I asked?

Not the research description, because nobody cared. But I had to explain what product my research would bring to the market in 2 to 4 years. I had to already give the name of companies which whom I would be partnering to distribute the product. And I had to give an estimation of how many jobs the product will create. A product that needed a scientific breakthrough I had yet to make.

As I was in shock, I looked at the man in front of me in the eyes.
— How did you arrive in this office? I don’t understand…
— Well, it’s not by choice. I’m an astrophysicist.
— What ? But why are you not doing cool astrophysical stuff?
— Because there’s no public money for astrophysics. So I had to get this job, there’s money for that.

Let’s sink that in. There’s not enough public money to pay scientists but there’s public money to help scientists fill paperwork to get public money? Getting a grant is hard, by design. But, as I realised, having a grant is even worse!

The grant I had for one year was subjected to a rule which plague most of the people in my situation: timesheets.

It means that, besides several regular reports (which seems sensible), I had to fill out a form on a very old and buggy platform. The kind of platform that requires Internet Explorer 6 and tenth click to edit a case.

How often?

Every day!

Every damn day you have to tell the platform exactly what you did on an hourly basis. As the platform was a pain to use, it was agreed to do it once a month. Filling your whole month should be taking « only a few hours ».

That’s silly in essence but the worst is yet to come: those timesheets are carefully studied by some bureaucrats. If they consider that what you fill is not really relevant to your research, they don’t pay the grant for that day. The fact that they have no way to understand your research is irrelevant.

But what’s a bit more fun is that the grant is paid to the university which pay you a salary based on a contract. So if you don’t fill the timesheet, you are paid but the university is losing money.

That’s why there are multiple levels of supervision. First, for every 3 to 10 researchers, there’s now a project manager. His job is to make sure every researcher does its administrative tasks. He also often carries some of the administrative tasks that are common to the team but, in the end, he can’t help the researchers more than telling what to do. And, more than often, he doesn’t know. When you are conducting research across multiple departments, you have to deal with multiple project managers that often have contradictive visions.

Then you have the department secretaries, checking that all boxes are green for every researcher. Which makes things funnier because it means, from time to time, filling an Excel sheet to send her the data you already filled in other platforms.

To summarise, it’s hard to find money to do research. But there’s money to pay people to help you get the grant, to pay people to manage the grant and pay people that spend their time trying to not pay the grant or, at least, making sure that being paid is not easy. Money from your taxes that goes to Europe that distribute it, in my case, to the Walloon region who give it to the university who give it to me with each layer taking a cut and trying to make things harder for the layer below.

Seems silly? It’s only the beginning…

To ensure that a timesheet is « good », several categories of tasks are agreed before the research project starts. When doing your timesheet, you must choose one category for every day then explain what you did in that category that specific day. And it should make some sense. My project had initially 12 very specific categories. None of them were even remotely adapted to my work because the grant was a generic one given before I arrived. Remember those 60-page paper to get a grant? It’s just for the fun. A grant is very often taken by a professor who will spread it around his team. In my case, the grant was unused for several years so I had to write reports for a time before I arrived to make it look better.

But all of that is not an issue by itself as I was instructed several times that, in the timesheets, I was not allowed to read, to attend conferences or lectures nor to write articles during my time. I had to « discover », « build » or « test ». Teaching was not an option either.

I was part of a meeting where the chief bureaucrat responsible for my grant and several others met with all the involved professors and researchers. Professors travelled from the whole south part of the country for this meeting. For one afternoon, those very bright minds (I was the only not PhD in the room) had mainly one subject of discussion: the format of the timesheets.

At one point, the professor responsible for everything told the bureaucrat as she was complaining about us not filling the timesheets correctly: « Nobody here denies the importance of timesheets but… ». I loudly said: « Yes, I do! » but I was quickly muffled by my colleague and I thought that I would stay calm as it was my very first month on the job.

This is simply not stupid or a loss of time. It’s barbaric, a torture of the mind. I was suffering like I never did. My wife made me get out of the job because I was always in a terrible mood. The job didn’t want me either.

As I asked my PhD supervisor, « but when do you research ». He answered, « weekends. During the week, you buy the legitimacy to research during your free time. »

To add pain to injury, nobody seemed to agree with me. It was seen as an inevitable duty which takes less time if you don’t complain. I ended writing a timesheet generator that would make random sentences that appeared to be linked to my project. When I told my colleagues, thinking they would appreciate it, they were angry. Some were even afraid of the reputation of the team. They told me it was lying.

« It’s lying anyway. You can’t get sick, you can’t read, you can’t write, you can’t attend lectures nor conferences. You even have to put yourself on holiday when you are at a public conference in case the bureaucrats realise that you were not in your office that day but that’s OK because you can timesheet some fake work when you are on private holiday given by the university. All of that is OK for you but generating it randomly is not? »

Apparently, it was not. Publishing this piece alone is very stressful because I fear that most people will see it an exaggeration. It sounds like a ramble from an eccentric lunatic who was unable to comply with rules that others have accepted for decades.

For David Graeber, every ground breaking invention comes from eccentric individuals that can’t fit well in a rigid structure. I’m probably one of those.

Not that I will ever make any groundbreaking things but, as Graeber said, the only way to foster innovation is to get ten eccentrics and let them do whatever they want. Nine of them will lose your time but the tenth will invent something worth everything else.

My suffering in this system makes me probably one of the nine others. If eccentrics cannot become researchers, what will you get from research? Answers is simple: papers. Lots of papers. Academics are not trying to invent or discover anything. They are mostly trying to get papers published. The word « paper » itself is an ode to an anti-poetic administrative society.

From Bitcoin to blockchain

It’s not by accident that Bitcoin was invented out of nowhere by the anonymous Satoshi Nakamoto. Bitcoin could not have been invented by a private company, not to mention academia. It had to spur out of its open source roots. But even open source projects quickly tend to become bureaucratic structures with processes and acclaimed leaders were marketing your contribution is nearly as important as the quality of your code.

By being anonymous then disappearing, Satoshi Nakamoto was truly groundbreaking. Bitcoin is now part of the common good. Everyone can use the code, improve it, try to convince people to use it. Through Bitcoin, the sociological concept of « fork », were a team splits, each continuing the project with their own vision, became purely technological and functional. The only remaining centralised bit is the name. Who can use the name « Bitcoin »? That’s why we had Bitcoin Cash, Bitcoing Gold, Bitcoin SV and so on.

By replacing fiat money with a decentralised open source project, Bitcoin was set to destroy governments and bureaucracies. Other projects such as Aragon or Colony.io clearly try to replace a centralised structure by a lean, adaptative decentralised one.

Then came the term « blockchain ».

While Bitcoin was mostly seen as a shady scam, a way to buy drugs, even from academics in the field, blockchain quickly carried the impression of an apolitical neutrality. Blockchain is boring. Blockchain is heavily studied, theorised. Blockchain is exciting because it can carry smart contracts. It can be used to track land ownership and pieces of art. It can be used for logistics. Let me underline it once again : who find « contracts » and « logistics » exciting?

While Bitcoin was set to destroy bureaucracy, blockchain is set to serve it.

Bureaucratic capitalism, an oxymoron according to David Graeber, has always used the same strategy: if you can’t destroy it, embrace it. Even the word « revolution » is now a word used to describe a smartphone with a bigger screen. The picture of Che Guevara is one of the most popular images printed on t-shirts produced in China by underage children then sold at an expensive price to western consumers.

The revolution has been marketed.

Same happened for Bitcoin. From an anonymous subversive project with a clear political message (block zero includes a clear reference to the bailout of the banks), it has become an anonymous commercial technology developed by IBM and studied by scholars. All that was needed was to change the name to « blockchain ». Blockchain, which is supposed to represent a decentralised technology, even evolved itself to allow the distinction between permission-less and permissioned blockchains. The later meaning that a central authority has to give a permission to the user of that specific blockchain. Yes, you understand it right: blockchain decentralisation can now be centralised. It’s just a cool new name for « distributed database ».

The remaining true chaotic believers in Bitcoin or other cryptocurrencies have simply been bought. How can you make the revolution if you are insanely rich and profiting of it? Would you try to subvert a system with your bitcoins if the system offers you literally millions of dollars for them? Better sell at least some of them on an exchange and buy a Lambo while it’s the good timing.

By the way, those crypto-exchanges are heavily centralised and regulated. The cryptocurrency fanatics themselves are now impatiently waiting for regulations on their assets in the hope that this would send a green light to other investors and make the price skyrockets.

Another anecdote illustrates this heavy trend. The Counterparty project had the goal to make a decentralised and unregulated exchange based on the Bitcoin protocol itself. Technically, this is simply awesome. Unlike many ICO (Initial Coin Offering, the launch of a new cryptocurrency) that were simply scams or weak projects designed to get easy money from naive investors, Counterparty tried to build stuff in such a way that developers themselves would not have any economic advantages over other users. Most projects offer tokens that you can buy with bitcoins or dollars that are going to the developers. To buy XCP, the CounterParty token, you have to destroy bitcoins, ensuring they can’t be used by anyone else later.

This is deeply groundbreaking.

Interestingly enough, the XCP token was, for sometimes, listed on some centralised exchanges before being removed. When Counterparty or another similar project will succeed and blacklisting or forbidding it will not be enough, there will still be the solution to corrupt the believers in the project by making them rich.

After all, the strategy works well with artists and researchers. Silent them with stupid bullshit jobs, complex administrative procedures. If they still manage to get their voice heard, transform them into a product, make them rich, popular so they don’t want to change the system anymore. Or, at the very least, they don’t have the credibility to do it.

Killing innovation in the name of fostering it

The vast complexity of our society becomes understandable as soon as you accept that any system tries to survive by avoiding and killing any change. While the naive version is to actively prevent any change, which ultimately leads to revolution, bureaucratic capitalism is pretending to foster change, announcing that we are living in an age of unparalleled progress. But, to protect children, this progress should be regulated. A bit like religious inquisitors burning and killing people in the name of love, pretending that this is the only way to create heaven on earth.

Patents are a particularly crystal clear stance of such hypocritical nonsense. In most industries, patents are the very metric of innovation. The words « patent pending » are, for most consumers, the synonym with an innovative solution to a problem.

Yet, the very purpose of patent is to prevent someone else to make use of an invention. Bitcoin itself is using some algorithm called ECDSA while a better solution existed for the same task: Schnorr. Unfortunately, Schnorr was patented, demonstrating that a patent is a way to actively kill innovation or, at least, slow it enough. The work to migrate Bitcoin from ECDSA to Schnorr is an order of magnitude bigger than simply starting with Schnorr. All that energy and time could have been saved without patents.

Getting a patent involves a nightmare of paperwork and, besides counsel fees, involves paying quite a lot of money. This ensures that nobody could get a patent but big bureaucratic corporations.

Having a patent validated doesn’t mean anything. It facts, it means that some anonymous bureaucrat from the patent office didn’t find any clear previous prior art in other patents. A patent can still be invalidated in court. But who can afford legal fees to go in court? Big administrative corporations, of course.

In my career, I worked once for a multinational company in the automotive industry. As a creative R&D engineer, I was given a white card to come with a prototype for a new feature. In only a few weeks, I came up with an algorithm that would automatically guess your destination based on your habits. This simple tool could be used to automatically set up the navigation system of the car as soon as you enter it, greatly improving your experience and warning you about traffic on roads for which you would not take the time to enter the destination in the system (there was no smartphone at the time).

My prototype worked remarkably well and was tested with the data of multiple colleagues. But I was instructed to make a patent out of it. I even received some training to learn how to make my patent the vaguest, to sounds like it includes other stuff already patented elsewhere. That way, it could be used by the company to attack other companies or to defend against such attacks. As I found that unethical, I could not do the required work and my algorithm was never released. I was told explicitly that nothing could be released if not patented, that was a company policy.

Twelve years later, I’ve yet to see one navigation system in a car that can do something that a young engineer could invent in a few weeks and that was highly praised by the testers.

This tells a lot about the state of innovation: through patents, innovation has been transformed into a bureaucratic process mastered by lawyers. There are even academic masters in « innovation » to ensure that no idea can spur spontaneously. The inventors, the engineers are working for nothing unless they can find the tiny bit of innovation that please both the marketing department, the legal department and the whole hierarchy.

Innovation in the academia?

Let me tell you, again, two anecdotes. When I was a student, one of my philosophy professors asked me to take a philosophical stance on a given subject. I explained it successfully. He followed by asking who was the philosopher saying that. I said I was. He was angry and told me that the whole point of the course was not to take my own stance but to know what true philosophers think. My answer was immediate :
— Can you prove that I’m not a true philosopher?
This ended the examination with the lowest successful grade.

Another professor asked me to analyse a 20-page text that was handed to us two weeks before. As I took the text out of my bag, he told be I was supposed to have read the text before.
— Yes, of course, but I did not study it by heart. Did you really expect me to analyse a text without even looking at it?
— Well, that’s how we always did.
— I’m not asking you what you did but if you find it smart or not.
— That’s not the point.
— As it is a philosophical class, I think this is the very essence of the point.
— Forget it, tells me what you remember about the text.

So I did but I pointed out that the text was really badly written and some sentences were not clear. I cited a sentence I remembered as notable and which seemed in contradiction with some part of the text.

— This sentence is not in the text. It’s not what the text is about.
— Well, let me show you, I underlined it (I made the gesture of putting the text out of my bag)
— No! You can’t take the text! You could have notes on it! It’s forbidden! said the professor with a panicked voice.
— Well, then let me show the sentence on your copy of the text.
He hands me the paper. I’m surprised : it’s in English while the text he gave us was in French.
— I don’t understand, mine was in French.
— Indeed, reply the professor. I gave you a translation I found. I thought it would be easier for you. But I prefer to read it myself in the original version.
— Excuse-me but… did you ever read the translation before giving it to us?
— Not really…
— So, basically, you are trying to judge how I memorised a text you didn’t even read yourself?
— …
— I think there’s nothing to add.

I was so angry that I walked out of the room without an eye for the teacher. I was 20 and willing to learn philosophy. Once again, I received the minimal succesful grade. A way to not see me anymore in their classes.

Those anecdotes are not only about two professors. They are the very essence of our system. When I write a blog post detailing some ideas, the negatives reactions are always about the fact that I’m not original, just saying the same thing as someone else. Or that I’m saying the opposite of some famous people. Or that, if I can’t cite who told it before me, then I can’t say anything.

All academic social sciences seem plagued with the same disease. You can’t have any opinion before reading and knowing all the opinions of the « great predecessors ». And once you know them, you are not allowed to differ from what they say. And you are not allowed to think like them because that woul’d be plagiarism.

The summary is clear and is what my philosophy professors were trying to teach me: you are not allowed to think at all. You are only allowed to recite the « great ancients » and to analyse what they said. This is, of course, reminiscent of every decadent civilisation.

Academia has turned upside down. People don’t go to university to learn anymore but to get an administrative form (called « diploma ») that will allow them, they hope, to land a useless but prestigious punching card job with a good salary in an administrative society. They may also use the opportunity to meet other people and create a network. Learning? When some skills will be necessary, they will be learned on-the-fly on a day-to-day basis. At the cost of losing depth and the big picture of the knowledge. If really needed, reading a book worth more than spending hours on a chair listening to someone who has a full-time job getting grants for his/her PhD students and which was selected for that job because she was one of the best to find grants and to memorise answers to arbitrary questions at an exam.

We are not doing innovation, we are doing marketing everywhere.

It’s hard to convince ourselves that we live in an incredible age of innovation. After all, all great science-fiction achievements have been stopped with the 20th century. We have yet to go back to the moon. We are excited to follow a small robot on Mars, something that we did in the seventies. Sure, we have a better camera but that’s all. We are excited by electric cars, something that existed since the inception of cars themselves, only because we were holding back any innovation in that field. Imagine telling someone from 1970 that, 50 years later, we will get excited by electric cars, rocket that barely put satellites in orbit and having a phone in our pocket. A phone that takes all our attention all the time.

As Graeber pointed out, huge bureaucratic infrastructures have historically served for what he calls « poetic purpose ». Poetic is not good nor bad. It’s basically irrational. Like building pyramids, cathedral or rockets to kill other countries or send a handful of men on the moon.

But the bureaucracy is so efficient, so strong that, in order to preserve itself, it now kills any means of innovation, any sense of purpose. Something as seemingly important as « saving the planet so we can live on it » seems impossible because, well, we have to put the administrative procedures in place. Kyoto or Rio or Paris agreements are nothing but transforming the « saving the planet » purpose in a bunch of administrative forms. It simply can’t work.

Administration doesn’t want to change and, thus, doesn’t want to save the planet. It is quite simple to demonstrate it: vastly increasing taxes on fuel looks like a sensible way to reduce consumption of such fuel. This has never been done at a scale, not because of rational arguments but because « it might cost jobs, it might slow the economy ». Well, the whole point is that jobs and growth is what is killing the planet.

We have built a machine to create meaningless jobs in order to foster an arbitrary virtual metric and nobody, by design of the machine, can shut it down even if not doing it implies destroying the whole planet.

As administrative structures seem to go hand in hand with centralised power, our only hope to get back to innovation and to poetic technology is having a look at what can be decentralised.

And this is why Bitcoin is so exciting. Bitcoin is truly decentralised. The defunct Moonshot Express project aimed at sending a bitcoin wallet to the moon. Everybody could then decide to send money to that wallet. Claiming the money on the wallet would involve going to the moon and bringing back a small metal piece. That would be innovative, groundbreaking. Poetic.

In my lengthy introduction, I tried to demonstrate that even « scientific taxes » does not pay researchers. It is used to build a huge bullshit factory around the word « research ». The same applies for entrepreneurship and innovation. There are even grants to help startups get patents!

Thanks to projects like Moonshot Express, citizens could instead send their money directly to the moon, fostering informal technological cooperation. As the project r.loop demonstrated, open source enthusiasts are ready to switch from purely software project to literally rocket science. All in a pure decentralised way. Decentralisation is becoming the politically correct word for anarchism.

This will be heavily disruptive. As Ladrière and Simondon explored it, a technology is disruptive by essence. If it does not disrupt the society, this is not innovation but product marketing.

As the visionary Vinay Gupta pointed out, technologies like Bitcoin and Ethereum, once you remove the « blockchain » marketing crap, enables a new kind of projects were decentralised investors give resources and directions, hoping to get benefits or only for the sake of supporting the project. Transparency and collaboration become the new default. Which is the opposite of an administration which can survive only thanks to its opaqueness.

Unfortunately, we are still living in a bureaucratic world dedicated to marketing. Today’s innovation has been transformed in a pure marketing machine. A company doesn’t sell innovation anymore. It innovates in order to serve the marketing.

Kickstarter and other crowdfunding websites are the epitome of this 100% marketing, no product approach. On Kickstarter, the customer is sold products that don’t exist yet and that have never been tested.

All Kickstarter pages are basically the same with a clean-looking video, some sketches of the product and pictures of smiling people using a fake version of the product. The customer is then asked to pay in advance and to wait.

Which, of course, means that the product is often not completed successfully. But, when it does, one quickly realises that what was good on video is, in fact, unusable in real life. Software is crappy, with an unfinished proprietary cloud platform and no iteration. But that’s not a real problem because, most of the time, we forgot that we paid for a given project two years before. The product is less important than looking cool on social networks. I like to call that « false good idea ». It often ends with the following discussion:

— Wow, look at that cool project.
— Well, it looks cool at first glance but, think about it. This would be unusable in real life.
— Oh, you are so negative. The idea is cool.

The marketing approach is so systematic that there are marketing agencies specialised in Kickstarter marketing to get you contributors. They even go as far as producing your « product » with your logo on it.

We could see Kickstarter as a contribution to research. Giving money without expecting any return. But the worst of all is probably that, given free rein on imaginative products, all we see on Kickstarter are plastic smartphones holders, backpacks for laptops or GPS chips to spy our kids.

We are so used to the imaginary world of marketers that we pay for the right of dreaming to use a product for which we have no need (else, we won’t accept to wait for months or years). Driven by carefully designed dopamine rushes, we tend to spend every waking moment in the curated world of those targeted ads.

Can we still have creative ideas?

As Graeber points out, the Internet, like patents, kill every inspiration because « it has already been done and it failed. Or, worst, because it succeeded. » Or, as I learned through my career : « If nobody has done it, there’s probably a good reason. »

Inventing is impossible. Only selling is acceptable.

Blockchain was no exception with the ICO frenzy. While ICO was, at first, seen as a sensible way for a project to raise money, the ICO bubble made people realise that you only need to create a token (which is a few lines of codes in the Ethereum blockchain) and a good website to raise millions of dollars.

As I was explaining it to my circles, everybody asked me why I was not launching my own cryptomoney. ICO are not about the underlying project anymore anyway. It’s purely about selling yours as the next Bitcoin that will hit 10,000$, despites all the economic fallacies.

Given all those gigantic scams, guess what the public asked?

More regulations of the ICOs! More administrative procedures.

ICO are still an incredible way to fund a project and to bring new kind of governance to decentralised systems. If we get it right, Bitcoin and subsequent technologies could become the administrative layers that would render bureaucracy obsolete.

Bitcoin itself is a pure piece of poetic technology.

But do we really want to break free of our virtual dream world?

After all, the rise of administrative bureaucracy as a goal by itself is heavily correlated with the rise of television which, as pointed out by Michel Desmurget in TV Lobotomie, is highly correlated with an education crisis.

Now that we constantly have in our pocket a television tailored to our short term desires and tastes, now that we forgot how to focus, how to think by ourselves, how to be creative (we grow up surrounded by screens and, as pointed out by Desmurget, this has severe and long-lasting impact on our brains), are we even willing to make the new revolution?

Not by cutting heads but by throwing our screens filled with ads, by stopping to give our hours to meaningless work, by refusing to do stuff that doesn’t make sense, even if we are paid to do it (our jobs) or we are forced to do it (legal forms)?

Don’t count on « democracy ». Elections are only used to choose some public bureaucrats. Ballot is only one kind of administrative form. The whole social choice theory field demonstrated that there’s no objective election system. Arrow theorem can be oversimplified as « voters are not deciding anything, it’s the voting system that makes the result » or « give me the result you want, I will design a voting system that makes it appear as the legit result for every voter ». Nevertheless, academic discussions about voting systems are still limited to « how can we vote using Internet » or, worse, « how can we build a social media to make people vote » (I’m not making this stuff up, those were real discussions I was involved with academic people and high-ranking European politicians).

The future cannot be administratively reduced to votes. As Vinay Gupta likes to say, the future is like another country. We should have diplomatic relationship with the future and not only sending them our trash. We should have a system that envision the future as a part of ourselves, something fluid, lean, permanently changing. Unlike the « Let’s throw that for after the elections » philosophy.

We like to criticise politicians. But they are doing exactly what the system asked them to do. You can throw them all, nothing will change because they are puppets of the system. A good way to illustrate it is that, if you shut down all media, you will realise it’s impossible for the vast majority of the population to know what kind of ideology has won the latest elections and is running the system. If you except some edge cases (that might be very important, like if you are an immigrant without passport in a country suddenly ruled by the extreme right), the system is mostly running alone. The time of reaction between a political action and its effect (when there’s one) is simply superior to the time between two elections. And after an election, the winner usually takes the time to undo everything the president did. In the end, nothing changes. I’m from a small country called Belgium where the electoral game is so complex, forming a government requires agreement between so many parties that it is borderline impossible.

This led the country to become officially without government for very long times, sometimes more than a year. This is for example currently the case.

In reality, nobody realises it. Except for the media, which could as well be describing something happening on another continent. There’s one exception: bureaucrats, who ends up taking decisions or waiting for decisions about which form should go where. If you are not a bureaucrat and not waiting for money from them, life is in fact easier without a government.

Advertising and media, which are in fact the same stuff, are building a world where politicians are supposed to take important decisions, where we should vote and fill out forms to create jobs in order to buy more stuff that will create even more jobs and make us happy.

Screens are made addictives to forbid us to disconnect from this virtuality, to prevent us to dream about innovations and see the world with naked eyes. Resistance looks futile, our future is doomed. Our only hope lies in poetry.

If we throw away our screens, if we start to boycott every single media, if we refuse to do absurd jobs, if we hang marketers and advertisers then we will be able to see the poetry. A poetry which could, maybe, save us all.

Photo by Dmitry Ratushny on Unsplash

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Ce texte est publié sous la licence CC-By BE.

Se passer d’écran avec un téléphone e-ink

mercredi 29 janvier 2020 à 17:35

Vivre au quotidien avec le téléphone Hisense A5

Tout ce qui fait de la lumière nous hypnotise. Nous pouvons rester des minutes entières à contempler le crépitement des flammes d’un feu de camp. Lorsque nous rentrons dans une pièce avec une télévision allumée, notre regard est immédiatement attiré, aspiré.

Se passer des réseaux sociaux comme je l’ai fait avec ma déconnexion ? Ce n’est qu’une petite partie du problème. Nous avons toujours en permanence un écran dans notre poche, un écran que nous avons envie de consulter au moindre signe d’ennui, de temps mort. Un écran qui nous satisfait plus que lire quelques pages d’un livre ou de prendre quelques secondes pour méditer.

J’ai réalisé que je n’étais pas addict aux applications sur mon téléphone ou mon ordinateur, mais bien à l’écran lui-même. Que je coupe une activité et je me retrouve, presque consciemment, à tenter d’imaginer ce que je pourrais bien faire pour justifier de passer du temps sur un écran.

Un phénomène que je n’ai pas du tout avec ma liseuse. L’écran est essentiellement réfléchissant. Il n’y pas de mouvements fluides, hypnotiques, d’images.

Logiquement, je me suis mis à la recherche d’un téléphone e-ink, un téléphone sans écran lumineux, sans couleur. Plusieurs modèles ont vu le jour dans les années 2013-2014, mais aucun ne semble avoir eu de succès. Le seul modèle qui semble exister est le Hisense A5, que j’ai décidé d’acheter.

Premier contact

Initialement annoncé à 100$, le Hisense A5 coûte en réalité plus de 200$ sur la majorité des sites d’import. Ajoutez à cela les frais de douane et on est plus proche des 250€. Mais je devais de toute façon remplacer mon téléphone défectueux.

Le Hisense A5 tourne sous Android, mais est fourni en deux langues : anglais et chinois. Pas d’autre choix. À noter que la traduction est incomplète. Les idéogrammes chinois apparaissent un peut partout. Ce n’est pas dramatique, mais certains mouvements lancent des applications en chinois que je n’ai pas réussi à désinstaller. Un peu embêtant.

Autre point d’attention : les services Google ne sont pas installés sur le téléphone. Cela tombe bien, car je voulais justement me passer de Google, mais cela vient avec quelques surprises sur lesquelles je reviendrai.

Un peu de bidouillage est donc nécessaire pour installer vos applications : installer F-Droid et, depuis F-Droid, installer Aurora Store qui permet d’installer n’importe quelle application de l’appstore Google.

L’écran e-ink à l’usage

Le fait d’avoir un écran e-ink est une expérience étonnante. On s’habitue très vite au noir et blanc. L’écran possède deux modes d’affichage (un plus net, mais plus lent, pour les photos, et l’un rapide, pour l’interaction quotidienne). Il est facile de passer d’un mode à l’autre grâce à un raccourci et c’est vraiment très utile.

Après quelques jours, le fait de voir les écrans des autres téléphones semble incroyablement agressif. Ça bouge, c’est coloré, c’est violent. Le téléphone e-ink est incroyablement zen.

Autre particularité de l’e-ink : il est assez lent. Pas question de faire défiler des flux ou des news à toute vitesse. Loin d’être un problème, c’est au contraire une fonctionnalité incroyable. Pendant un temps mort, j’ai le réflexe de prendre mon téléphone avant de me dire « Mais pourquoi je prends ce truc ? Qu’est-ce que j’ai envie d’y faire ? ». Le téléphone e-ink est donc un véritable sevrage !

Pocket, en mode tournage de page, est dans son univers. C’est à peu près la seule application qui donne envie d’être utilisée sur ce téléphone.

Pocket sur le Hisense A5

Pour les applications quotidiennes, le fait d’être en e-ink n’est pas particulièrement handicapant. On s’habitue très vite sauf pour les applications mal conçues dans lesquelles on ne fait pas la différence entre l’activation et la désactivation, le gris foncé (désactivé) et le bleu foncé (activé) apparaissant de la même manière. C’est particulièrement frappant dans Garmin Connect et cela me fait dire que ces applications ne sont pas utilisables par les personnes avec des troubles de la vue comme le daltonisme.

Photos et vidéos

L’appareil photo fonctionne très bien et prend des photos tout à fait correctes, voire belles… une fois affichée sur un autre appareil ! C’est d’ailleurs assez amusant de ne pas pouvoir juger immédiatement du résultat d’une photo. On retrouve un peu l’esprit des appareils argentiques : prendre moins de photos (parce que l’interface est moins réactive et décourage le mitraillage) et ne pas les regarder avant d’être rentré à la maison.

La peur de rater une bonne photo est également une addiction problématique de nos smartphones. Il suffit de voir la foule lors des événements importants : tout le monde regarde le monde à travers son smartphone ! Un écran e-ink, sans résoudre le problème, le rend moins prégnant. Une sorte d’équilibre que je trouve acceptable : on peut prendre des photos, mais cela ne remplace pas la réalité.

Ce sentiment est également présent en voyage, alors que je reçois des photos de ma famille. L’appel vidéo en noir et blanc saccadé renforce l’impression d’éloignement, de distance. Je trouve cela personnellement une bonne chose, car cela permet de se rendre compte de l’importance d’une présence réelle, que le chat et la vidéo ne sont que des succédanés.

Autonomie

La merveille de l’écran e-ink est qu’il ne consomme presque rien ! Lors d’une journée normale, connecté sur le wifi avec un usage léger, je consomme entre 10 et 15% de batterie. En voyage, après une très longue journée en permanence sur la 4G, avec utilisation intensive du GPS, appels vidéo, prises de photo, je n’ai jamais réussi à descendre en dessous de 50% de batterie. En étant attentif (usage limité, mode avion quand pas utilisé), on peut sans problème dépasser la semaine.

Bref, ce téléphone est l’arme absolue du baroudeur : énorme autonomie et obligation de rester en permanence connecté au monde réel autour de soi !

Nous en discutions avec Thierry Crouzet : ce téléphone pourrait bien être le compagnon ultime du bikepacker. Grande autonomie, impossibilité de passer la soirée à trier les photos de la journée et permet de remplacer la liseuse.

En usage courant, je préfère très largement ma liseuse Vivlio, avec écran large, boutons physiques et sans distraction. Mais, en bikepacking où la fatigue rend la lecture très sporadique, le Hisense A5 serait suffisant, permettant d’économiser une grosse centaine de grammes de bagages.

La vie sans Google

Comme je l’ai signalé, ce téléphone ne permet pas d’installer les services Google. Que sont les services Google ? Une couche logicielle qui permet de lier une application avec votre compte Google.

Cela signifie que vous pouvez installez des apps à travers l’Aurora store, mais uniquement des apps gratuites. Cela signifie également qu’il est impossible de se connecter avec son compte Google. Google Maps fonctionne très bien, mais pas avec votre compte (ne vous permettant pas de partager votre position avec vos amis ou d’utiliser vos favoris). Cela veut dire également pas d’import facile de mes contacts depuis mon téléphone précédent.

Personnellement les manques les plus difficiles et pour lesquels je n’ai pas encore de solution sont Google Agenda et Google Musique. Je peste également contre le manque de Google Photos qui me permettait d’accéder immédiatement à mes photos depuis mon ordinateur. J’utilise Tresorit, mais la fonctionnalité d’importation de photos n’est pas vraiment au point et ne semble pas fonctionner sur ce téléphone (tout comme celle de Dropbox).

Autre manque qui m’a surpris : Strava refuse de se lancer sans les Google Services ! Brain.fm me prévient également qu’il ne fonctionnera pas, mais, après avoir accepté l’erreur, se lance sans problème. J’avoue que je ne saurais pas me passer de Brain.fm même si j’ai l’impression que la qualité de son dans mon casque Bluetooth est inférieure à mon téléphone précédent.

Pour le reste, tout fonctionne plutôt bien, y compris Google Maps ou mes gadgets Bluetooth. Certaines applications peuvent cependant avoir de petits soucis : l’appli météo que j’utilise n’arrive pas à obtenir une position. Signal ne me notifie parfois de certains messages que lorsque je lance manuellement l’application. Brain.fm plante parfois si j’utilise d’autres applications pendant qu’il tourne. Et Strava ne se lance pas du tout !

Conclusion

À la lecture de ce qui précède, il est évident que ce téléphone est réservé aux geeks prêts à bidouiller et à faire des sacrifices.

Cependant, pour un téléphone qu’il faut bidouiller et un système Android pas du tout prévu pour un téléphone e-ink, il se comporte incroyablement bien. Contrairement à un LightPhone, très joli sur papier, mais incroyablement limité dans la vie quotidienne (pas d’application bancaire, pas de système d’authentification à deux facteurs, pas moyen de trouver rapidement une adresse), le Hisense A5 est un véritable téléphone.

Je suis persuadé que des interfaces spécifiquement conçues pour e-ink changeront complètement la relation que nous avons avec nos écrans. Je le vois d’ailleurs avec le Freewrite qui, malgré tous ses problèmes software, change ma relation avec l’écriture.

Je crois que je ne pourrais déjà plus revenir à un téléphone traditionnel. J’attends juste que Protonmail sorte son appli agenda pour Android, que je trouve une solution de rechange pour streamer ma musique et ce téléphone sera presque parfait !

Cela signifie également que lorsque je n’ai pas besoin de mon laptop, je me balade désormais sans le moindre écran couleur. Une véritable libération !

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Linux et minimalisme numérique

lundi 4 novembre 2019 à 09:33

Petite chronique d’un retour aux sources et à l’essentiel d’un libriste de cœur.

L’intoxication numérique n’est pas simplement liée à la consommation quotidienne de Facebook. Les outils que nous utilisons pour être « productifs » ont également un coût énorme sur notre énergie mentale. Comme le souligne Cal Newport dans ses livres Deep Work et Digital Minimalism, nous avons tendance à ne considérer que le bénéfice potentiel d’un outil, nonobstant les coûts. Ce qui nous mène forcément à la conclusion absurde qu’« avoir l’outil est mieux que de ne pas l’avoir du tout ».

Dans mon esprit, ce surplus de consommation numérique s’est cristallisé avec l’App Store d’Apple. À travers des jolies images et des jolies couleurs, l’App Store avait pour objectif de me faire installer une énième application qui me rendrait plus productif, une énième application certes très jolie, mais dans laquelle je devrais migrer mes données existantes avant d’apprendre à l’utiliser avant de recommencer avec une autre quelques mois plus tard.

Excédé également par la non-configurablité, mais également par les bugs de MacOS, j’ai décidé de regagner ma liberté, de retourner à mes amours. 5 ans de Mac étaient une belle expérience, mais fini de jouer, j’ai désormais envie de revenir aux choses sérieuses.

Plutôt que de tenter une migration app pour app, en trouvant une application équivalente à chacun de mes usages, j’en ai profité pour faire le tri, pour lister toutes les apps et services que j’utilisais afin de les réduire au minimum.

La philosophie

Si j’investis dans un nouveau laptop, la question principale à se poser est « pour en faire quoi ? ». On peut tout faire aujourd’hui avec un ordinateur. Mais quel est mon objectif principal outre faire tourner Linux ?

Dans mon cas, il est très simple : écrire. Que ce soit pour mes projets personnels ou professionnels, je ramène désormais tout à l’écriture (d’ailleurs, si vous cherchez un écrivain/scénariste/vulgarisateur/futurologue, je fais également du mercenariat).

Outre les incontournables mails et un navigateur web, tout ce qui n’est pas directement lié à l’écriture doit être considéré de trop. Je me suis octroyé un seul plaisir : la lecture des flux RSS.

Pour le reste, je m’interdis toute distraction sur ce nouvel ordinateur. Les réseaux sociaux et les médias seront même bloqués. L’idée est que mon cerveau comprenne instinctivement que ce laptop ne sait faire qu’une seule chose : servir de machine à écrire. Plutôt que de lutter en permanence contre la tentation de me distraire, je rends la distraction impossible sur une machine particulière.

Cela résout également pas mal de questions concernant la compatibilité avec tel ou tel logiciel vaguement dispensable. S’il n’est pas indispensable pour me faire écrire (et, au fond, rien n’est indispensable pour écrire dans un fichier Markdown), alors la question ne se pose pas : il n’a pas sa place sur ma machine..

Le laptop

Si Linux me manquait affreusement et que je ne risque pas de regretter une seule seconde MacOS, je ne peux pas en dire autant de la finesse, de la légèreté et de la qualité d’écran d’un macbook. 900 grammes sans ventilateur ni le moindre bruit, difficile de faire mieux.

Mon choix se porte finalement sur le Star Lite de Starlabs. 1,1kg, c’est un peu lourd, un peu plus épais avec un mauvais écran. Mais, avantage non négligeable, il coûte littéralement le quart du prix d’un macbook. À ce tarif, je ne m’attends pas à un miracle.

Je suis surpris cependant par l’aspect général. Pas de plastique, mais cette espèce d’aluminium qui semble très solide. Tellement solide qu’ouvrir le laptop requiert à chaque fois un véritable effort des deux mains. Une fois ouvert, l’écran est nettement moins bon, ultra-sensible aux reflets et bouge légèrement quand je tape au clavier. Le clavier, lui, est l’excellente surprise après des années sur un macbook : quel confort d’avoir de véritables touches ! Je regrette juste que les touches à droite soient fort petites, car, en Bépo, la touche la plus à droite est le W. Il m’arrive très régulièrement de taper un retour à la ligne au lieu d’un W. Mais je ne vais pas me plaindre : le macbook était devenu littéralement inutilisable à cause d’un bug, visiblement très répandu, qui déplace le curseur aléatoirement au cours de la frappe.

Niveau performances, je ne sais pas si c’est le matériel ou Linux, mais tout est parfaitement réactif dans i3. Le macbook consommait très souvent beaucoup de CPU, les sites étaient lents à ouvrir et Antidote était littéralement inutilisable. Rien de tout ça dans le Star Lite, je retrouve une expérience fluide et normale du web et je me réconcilie avec Antidote. Dans un Gnome-shell, c’est une autre histoire, spécialement avec le trackpad. Car le trackpad est une véritable catastrophe. De temps en temps, et je soupçonne que c’est lié à la charge CPU, il va se bloquer, devenir erratique ou très lent.

Mais j’ai décidé de vivre avec, car je souhaite utiliser de plus en plus le clavier. Le Star Lite dispose d’ailleurs d’une touche magique pour complètement désactiver le touchpad. J’adore !

Bref, le Star Lite est loin d’être parfait, mais il est petit, portable, relativement léger, résistant, assez performant pour mon usage minimal et pas cher. Bien que n’ayant pas de ventilateurs, il est cependant bruyant : la RAM cliquète comme sur un vieux desktop des années 90. Je croyais que ça n’existait plus… Ça et l’infernale diode blanche qui m’éblouit en permanence pour me dire que mon laptop est allumé !

Mon workflow de travail

Une conclusion s’est très vite imposée à mes yeux : je devais minimiser les différents stockages de mes données. Il m’est arrivé plus d’une fois de chercher un fichier dans Evernote alors qu’il était dans mon Dropbox ou dans Notions, de ne plus savoir exactement ce que j’avais installé sur ma machine ou de savoir que j’avais interagit avec un partenaire sur un projet, mais sans savoir si c’était sur Slack, Evernote, Google Drive ou par mail.

J’ai, ces dernières années, tenté de me débarrasser des fichiers, d’avoir tout dans Evernote ou tout autre service concurrent que je testais. Mais je réalise aujourd’hui que les mails et les fichiers sont deux piliers incontournables. Ils existeront toujours et je devrai toujours travailler avec. Du coup, comment ne pas ajouter d’autres piliers ?

C’est tout simple : je n’utiliserais désormais plus que des fichiers traditionnels organisés à ma façon. Finis les stacks, les notebooks, les notes. Si un logiciel ne me permet pas de gérer mes données dans des fichiers dans un format ouvert et une structure que je contrôle, je ne considère même pas son utilisation (exit donc Joplin ou Notable, qui sont pas mal mais forcent une structure de répertoires).

En partant du postulat que chaque projet est un répertoire, j’ai, après plusieurs essais et erreurs, fini par aboutir à la structure suivante en 5 répertoires très simples.

Archives : comme le nom l’indique, Archives contient tous les projets terminés ou abandonnés. À noter que, plutôt que de classer par « type », je considère tout comme un projet. Les photos de mon mariage, par exemple, sont dans un dossier « Mariage » qui contient également le PDF des invitations, le tableur de la liste d’invités et toutes les autres archives. C’est simple, mais il m’a fallu casser l’inclinaison à mettre les photos dans « Photos », les pdf dans « documents », etc.

inbox : un répertoire essentiellement vide qui contient les fichiers temporaires ou en transit. Un billet de train, un PDF à imprimer, un document téléchargé que je n’ai pas encore classé, etc.

Workbox : contient les projets en cours qui ne nécessitent pas une attention soutenue. Ce sont plutôt des projets en arrière-plan permanent. Par exemple, le dossier SPRL contenant tout ce qui est relatif à notre société est dans Workbox. Un dossier Aida4 contient tout ce qui est relatif au brevet d’apnée sur lequel je travaille pour le moment. Ma migration vers Linux ou ma recherche de laptop étaient également dans ce répertoire.

Frigobox : répertoire particulier, il contient tous les projets sur lesquels je souhaite m’investir, mais que je m’interdis de faire pour le moment pour éviter la dispersion. La relecture de Printeurs pour en faire un ebook digne de ce nom est par exemple dans Frigobox. Plusieurs billets de blog sont également là-dedans.

Focusbox : les projets sur lesquels je souhaite me concentrer. Quand je suis sur mon ordinateur, c’est dans ce répertoire que je dois être et travailler. Idéalement un et pas plus de 3 projets dans ce répertoire.

Ces 5 dossiers sont synchronisés grâce à Tresorit. J’ai également 3 autres dossiers qui ne sont pas sur Tresorit : Download, un répertoire pour tout ce qui est temporaire et qui peut être perdu, devel, un répertoire qui contient les dépôts git sur lesquels je travaille et Dropbox, pour avoir accès à certaines applications qui nécessitent Dropbox (dans mon cas, c’est la synchronisation avec le Freewrite).

Depuis quelques mois, j’utilise cette organisation et je suis abasourdi par son efficacité. Je ne cherche plus un fichier, j’ai toujours sous la main ce dont j’ai besoin et les fichiers ne s’accumulent pas dans mon HOME.

Mon HOME. Tout simplement.

Logiciels

J’ai insisté sur mon désir de simplification. Comme je cherchais à passer un un tiling window manager, afin de faire tout au clavier et de ne plus avoir de bureau, je suis tombé sur Regolith Linux, un projet qui est exactement ce dont j’avais besoin, à savoir une version d’Ubuntu où le bureau GNOME a été remplacé par i3, mais en gardant certains avantages de GNOME et en étant très accessible aux débutants grâce à un affichage facile des raccourcis clavier. Un bonheur !

Hormis les traditionnels Firefox, Geary (pour les mails) et Feedreader (pour les RSS), le seul logiciel important installé sur ma machine est Zettlr.

Zettlr, combiné à mon organisation en répertoires, a réussi à remplacer pas moins de 4 logiciels macOS. Le fait que tous les répertoires de mon HOME soient dans Zettlr est primordial. Tout semble soudain incroyablement facile et simple.

Zettlr remplace tout d’abord Ulysses comme logiciel d’écriture et d’organisation de mes textes. Il remplace également Evernote comme logiciel de prise de notes. D’ailleurs, je n’ai jamais réussi de manière satisfaisante à trouver un workflow entre Evernote et Ulysses. Mais il remplace également DayOne. J’ai en effet décidé de transformer mon journal personnel en simples fichiers markdown (voir mon script d’export de DayOne vers Markdown). Et, last but not least, il remplace Things, le dernier gestionnaire de todo que j’avais testé.

En effet, plutôt que d’avoir des todos dans un logiciel séparé, je me contente désormais d’écrire le mot magique « TODO » dans le fichier du projet concerné. Bon, je l’avoue, j’utilise également un carnet papier (mais, de toute façon, je jonglais entre différents carnets papier, mon gestionnaire de todo, mes notes Evernote).

Zettlr ne remplace parfaitement aucun de ces logiciels. Mais, dans une volonté de minimalisme, j’ai décidé d’accepter cette « dégradation », de perdre en fonctionnalités. Je me rends compte, après plus d’un mois à ce rythme, que c’est extrêmement libérateur pour l’esprit. Je courais après la solution ultime alors que, fondamentalement, le coût mental de n’importe quelle solution est bien plus élevé que le bénéfice éventuel.

Tout cela m’a même motivé de me remettre à Vim grâce au livre de Vincent Jousse « Vim pour les humains ». J’essaie de voir si je pourrais répliquer, dans Vim, les fonctionnalités de Zettlr, à savoir la navigation par projet, le mode distraction-free, la création simple d’un fichier dans un projet. Je réfléchis également à passer mes mails et mes flux RSS en ligne de commande, pour utiliser les raccourcis Vim. Chantier en cours, notamment en terme de lisibilité de ma console.

Le retour à la maison

Après 5 années sous MacOS, je ressens mon retour sous Ubuntu comme un véritable retour à la maison. Je n’ai jamais été chez moi sur un Mac. J’ai besoin que mes outils soient alignés avec mes valeurs. Je fais partie de la famille du libre, c’est identitaire chez moi et je dois l’accepter. J’ai trahi mes idéaux par semi-obligation professionnelle, confort et curiosité, mais je me rends compte que cela ne me plait pas.

Je repense à tous ces outils, parfois excellents, qui ont été créés, qui sont devenus une startup avant de disparaitre. Au lieu de créer ma startup, j’ai créé avec mon ami Bertrand le logiciel libre Getting Things GNOME. Je lui ai consacré plusieurs années de ma vie qui s’est traduit en un certain succès d’estime. Contrairement à une startup, je n’en ai jamais tiré le moindre profit financier, mais, aujourd’hui, je suis fier de constater que le logiciel possède encore des utilisateurs qui tentent de le faire revivre. C’est toute la différence entre le propriétaire et le libre : le libre a une chance de survivre à ses fondateurs. Mais les fondateurs, eux, n’ont aucune chance d’en tirer de gros bénéfices.

Aujourd’hui, ce que je cherche dans le libre c’est avant tout la liberté, la simplification. Une simplification dont Ubuntu s’éloigne à mes yeux beaucoup trop, notamment avec son système Snap qui me fait trop penser à l’App Store. Je lorgne pour revenir à mon premier amour libriste, Debian.

En attendant que Regolith fonctionne sous Debian, je liste tout ce que j’ai installé qui n’est pas disponible pour Debian. Mon objectif est de garder cette liste la plus courte possible. Je vous la partage.

En libre, et qui pourrait donc se retrouve dans Debian : Regolith, Zettlr, starlabs-power (optimisation pour la batterie de mon laptop), Signal, Protonvpn-cli, bitwarden et f.lux (redshift ne m’a pas vraiment satisfait). Si vous connaissez un développeur Debian, je serais heureux de donner un coup de main pour faire entrer Zettlr dans l’OS universel !

En non-libre : Tresorit, Protonmail-bridge, Antidote, Minetime (pas moyen de trouver un calendrier libre correct), Dropbox, Remarkable.

Pour les services non-libres, j’utilise également Adguard (sous forme d’extension Firefox), Brain.fm (j’adore ce service qui me simplifie la vie au point de ne pas avoir à choisir quelle musique écouter pour me concentrer).

C’est à la fois beaucoup et pas grand-chose quand je vois tous les services que j’ai résiliés durant ces derniers mois.

Les petits problèmes

Alors, certes, il me reste encore pas mal à faire pour configurer mon laptop aux petits oignons. Mais je crois que c’est le propre du libriste : ce ne sera jamais pleinement terminé. En fait, c’est un plaisir de mettre les mains dans le cambouis plutôt que de tester un énième logiciel propriétaire.

Attention, âmes sensibles s’abstenir de lire la suite, car la définition de plaisir chez un geek libriste est particulièrement retorse.

Dans mon planning, j’ai notamment mis d’arriver à faire une recherche de fichiers depuis Rofi, de travailler ma config Zsh, de faire une config mail Notmuch compatible avec Mutt et Astroid, de me trouver un calendrier en ligne de commande, de tester une vimification du browser (genre Tridactyl, mais faut que je puisse bépoïser tout ça), arriver à désactiver le screensaver quand le laptop est sur secteur (particulièrement ennuyeux quand je donne cours) et faire fonctionner autokey (ou toute autre solution équivalente). Arriver également à lister les TODOs dans mes différents fichiers, par exemple grâce à un plugin Vim.

Si vous n’êtes pas un geek linuxien un peu hardcore, le paragraphe précédent doit être du pur chinois pour vous. C’est normal, c’est signe que je suis revenu dans mon élément naturel !

Il y’a 15 ans, je lançais ce blog avec l’optique de convertir les windowsiens à Linux, j’abandonnais Debian et Fvwm pour Ubuntu et GNOME afin de me mettre dans la peau d’un utilisateur lambda. Peut-être qu’aujourd’hui, je peux redevenir moi-même. Et tant pis si personne d’autre n’arrive à utiliser mon laptop.

De toute façon, il est en Bépo…

Photo by Patrick Fore on Unsplash

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Mon philou a fait plouf !

jeudi 3 octobre 2019 à 00:25

Phil a fait son dernier plouf. Comme tout bon apnéiste, il a pris sa dernière inspiration.

Ce serait tellement facile de parler de ton sourire omniprésent. Tout le monde le fait. Alors je profite de ce blog pour raconter une histoire rare : la seule fois où je t’ai vu ne pas sourire.

Tu conduisais la camionette. On te disait tous que, avec une remorque bringuebalante, 130km/h, c’était un peu rapide. Tu nous répondais « Boaf » en riant. On t’a dit qu’il y’a avait un combi de flic derrière nous. Tu nous as répondu « Boaf » en riant. Le combi de flic nous a fait signe de nous ranger sur le bas côté. On a éclaté de rire. Sauf toi. Tu es descendu tout penaud te faire sermonner. Tu avais un petit d’air d’enfant qui se fait gronder, tu ne riais pas.

Dans la camionnette, par contre, on était tous hilares !

Quand tu as repris le volant, tu as quand même fait « Boaf » et ton sourire est revenu.

L’eau noire de nos carrières n’aura plus la même saveur sans toi pour les agiter en crawlant comme un phoque parce que « ça te décoince les trompes d’eustache ». Les billets de ce blog seront un peu plus seuls maintenant que tu ne les liras plus, que tu ne m’enverras plus tes commentaires plein de tendresse et de jeux de mots foireux.

Notre seul espoir c’est que, là-bas, tu arrives à les embobiner avec une combine foireuse dont tu as le secret pour qu’on te renvoie ici, avec nous. Genre le coup du bateau prêté par l’université que tu as démonté pour tenter de le faire fonctionner sans clé de contact avant que l’on comprenne que, si tu n’avais pas la clé, c’est parce que l’université n’était pas au courant de sa générosité à ton égard.

Je préfèrais quand t’étais à la bourre que quand tu pars à l’avance. Tout risque de tourner trop rond sans toi.

Putain Mon Philou, tu nous manques déjà…

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