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Loi audiovisuelle : Aurore Bergé s’attaque à la neutralité du Net

vendredi 6 mars 2020 à 15:50

La commission culture de l’Assemblée nationale vient de voter en première lecture le projet de loi audiovisuelle. Cette loi est particulièrement large et dense : nous reviendrons petit à petit sur chaque point plus tard (nous avons déjà annoncé notre intention de détruire la HADOPI dans ce contexte).

Le vote d’hier a ajouté une nouvelle menace, considérable. Aurore Bergé, rapporteure du texte, a fait adopter une série d’amendements pour lutter contre la diffusion illicite d’événements sportifs. Les entreprises qui possèdent les droits de diffusion (Bein Sport, Canal+, et autres ayants-droit) pourront obtenir du juge de nouvelles mesures.

Depuis 2004, le juge des référés peut exiger des fournisseurs d’accès à Internet (FAI) qu’ils bloquent l’accès à un site Internet diffusant illégalement des contenus1Article 6, §8, de la loi du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique.<script type="text/javascript"> jQuery("#footnote_plugin_tooltip_3680_1").tooltip({ tip: "#footnote_plugin_tooltip_text_3680_1", tipClass: "footnote_tooltip", effect: "fade", fadeOutSpeed: 100, predelay: 400, position: "top right", relative: true, offset: [10, 10] });. L’article 23 de la loi audiovisuelle reprend ce principe en visant spécifiquement les sites « dont l’objectif principal ou l’un des objectifs principaux est la diffusion sans autorisation de compétitions ou manifestations sportives ». La nouveauté introduite par Aurore Bergé est que le juge pourra désormais exiger que les FAI bloquent tout nouveau site apparaissant au cours d’une période pouvant s’étendre jusqu’à 12 mois, et ce alors même que ce site « n’a pas été identifié à la date » où le juge aura pris sa décision.

Problème : les FAI ne pourront pas savoir quels sites bloquer puisque ceux-ci n’auront « pas été identifié[s] » dans la décision judiciaire. Un autre amendement parachève l’arbitraire et précise que les ayants-droit leur communiqueront « les données d’identification nécessaires ». Un autre problème surgit alors : les ayants-droit n’ont aucune autorité pour qualifier juridiquement des faits et il reviendra donc à chaque FAI d’évaluer seul (sans juge) la licéité des sites signalés. Surtout, les ayants-droit ne pourront pas leur signaler l’intégralité des sites (virtuellement infinis) que le juge a pourtant ordonné de bloquer. Pour respecter l’injonction, le FAI n’aura d’autre choix que de les détecter lui-même, typiquement en analysant les données transmises sur son réseau afin d’y déceler la rediffusion de tel match de foot ou de tel tournoi de pétanque.

Qu’il s’agisse d’évaluer les signalements ou de détecter les sites illicites, un tel système marque une rupture frontale avec la neutralité du Net. Les FAI sont extirpés de leur rôle passif pour endosser, de force, une mission de surveillance et de modification active des informations qu’ils acheminent, hors de tout encadrement judiciaire.

Ce nouveau système viole confortablement les lois européennes, ne serait-ce que l’article 15 de la directive eCommerce qui interdit d’imposer aux FAI « une obligation générale de rechercher activement des faits ou des circonstances révélant des activités illicites ». Le délire autoritaire d’Aurore Bergé est tel que même Franck Riester, ministre de la culture et auteur de ce projet de loi, s’en est ému en commission : « est-ce qu’on ne va pas trop loin ? […] il faut des garanties sur les libertés, il faut être proportionné ». Piétiner un principe aussi fondamental que la neutralité du Net, oui, c’est aller trop loin.

Le projet de loi sera débattu en séance publique à l’Assemblée nationale à partir du 31 mars. Nous continuerons d’ici-là notre analyse des autres points de ce texte.

References   [ + ]

1. Article 6, §8, de la loi du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique.
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